Le mois dernier, Hamid Karzaï, le président afghan, a promulgué une loi intégrant le code chiite de la famille à la législation du pays. Objectif : renforcer l'identité de la minorité. Le texte, long de 270 pages, s'applique donc uniquement aux 20% des Afghans se déclarant chiites. Parmi les nombreux articles, figure celui régissant les rapports sexuels dans les couples mariés. Il stipule "qu'une femme est tenue de satisfaire les désirs sexuels de son mari".
Interprété comme une légalisation du viol marital, il a été à l'origine d'une vaste levée de boucliers, aussi bien en Afghanistan qu'à l'étranger. Mercredi, des femmes ont ainsi défilé à Kaboul pour protester ce qu'elles considèrent comme "un retour en arrière obscurantiste" -une contre-manifestation réclamant le respect de "la volonté de Dieu" a également eu lieu. A l'étranger, de nombreux dirigeants, dont Barack Obama, Angela Merkel ou Nicolas Sarkozy- ont aussi critiqué le texte. "Nous devons être sensibles à leur culture. Mais il y a certains principes de base que toute nation doit avoir. Le respect des femmes, de leur liberté et de leur intégrité en est un", souligne par exemple le président américain.
"Le droit de ne pas nourrir sa femme"
Face au tollé, Hamid Karzaï a promis que le texte serait changé. Il explique qu'en raison des nombreux articles que comportait la loi, il n'était pas au courant de tous, et notamment de celui sur les rapports sexuels dans les couples mariés. De son côté, l'ayatollah Mohamed Asef Mohseni, à l'origine de la loi, précise qu'elle ne reconnaît pas le viol marital et qu'elle a été mal interprétée. "Cela ne doit pas être une obligation pour la femme de dire oui tout le temps, parce que certains hommes ont plus de désirs sexuels que d'autres", indique-t-il. En revanche, "si une femme dit non, l'homme a le droit de ne pas la nourrir", ajoute-t-il.
Pour Hamid Karzaï, cette polémique intervient au mauvais moment. La présidentielle doit avoir lieu en août. Alors que les talibans renforcent leur poids, il doit à la fois composer avec ses alliés de la communauté internationale dont le soutien est nécessaire mais aussi avec ceux qui estiment que l'Occident n'a pas à interférer dans les coutumes du pays.
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