source: ISABELLE HODEY >
france.monde@nordeclair.fr Elle s'appelle Nojoud Ali et est devenue un symbole. Et c'est bien lourd à porter pour une petite fille de 10 ans. Car Nojoud est d'abord une victime. Victime de la pauvreté d'abord. Celle de sa famille, de son père berger exilé à Sanaa, la capitale du Yémen. Victime de la tradition des mariages arrangés aussi : les mariages précoces sont fréquents au Yémen où plus de la moitié des filles sont mariées avant l'âge de 17 ans. Cela fait toujours une bouche de moins à nourrir à la maison.
Un jour, le père de Nojoud lui annonce qu'elle va se marier. Sauf que son époux, qui a trois fois son âge, ne respecte pas la coutume qui impose de ne pas consommer le mariage avant la puberté. Nojoud est violée, battue, maltraitée, ne va plus à l'école. L'enfer dure deux mois, de février à avril 2008, avant que la fillette s'enfuie pour se rendre toute seule au palais de justice. Le 15 avril, Nojoud divorce... devant une nuée de journalistes qui se sont saisis de son histoire.
C'est le début d'une déferlante médiatique. C'est aussi, en juin, la rencontre avec la journaliste Delphine Minoui qui l'aidera à raconter son histoire dans un livre sorti il y a un mois en France (1). « J'ai été émue par cette gamine, par le contraste entre son âge et ce qu'elle avait vécu » , témoigne la jeune femme qui a gardé le contact avec la fillette, repartie vivre chez ses parents.
Le business du père
Selon Delphine Minoui, Nojoud reste fragile : « Ce qu'elle a fait n'est pas bien vu par tout le monde. Pour certains, c'est une traîtresse. » Et puis il y a son père, omniprésent : « Ce qui est triste, c'est qu'il essaie de faire de l'argent sur elle. Il la vend à la presse comme il l'a vendue à son mari. Il en a fait un vrai business. » Il a écarté de sa vie son avocate, « une femme qui jouait le rôle de tutrice ». De là à ce qu'il mette la main sur les droits d'auteur du livre, bloqués sur un compte jusqu'à la majorité de Nojoud... C'est une crainte exprimée par Delphine Minoui. Autre source d'inquiétude : la fillette a à nouveau cessé d'aller à l'école. D'où la nécessité « de ne pas l'oublier. Son combat n'est pas gagné. Elle reste vulnérable et fragile. » La journaliste rappelle d'ailleurs qu'il y a un mois à Paris, les secrétaires d'État Rama Yade (droits de l'Homme) et Fadela Amara (Ville) s'étaient engagées à défendre la cause des petites filles mariées de force comme elle.
Reste un acquis : Nojoud a brisé un tabou. Depuis elle, deux autres petites filles ont divorcé. Et il y a quinze jours, le Parlement yéménite a augmenté l'âge légal du mariage de 15 à 17 ans et renforcé les conditions préalables au mariage en deçà de cet âge : il doit dorénavant recevoir l'aval d'un juge.
(1) Moi Nojoud, 10 ans, divorcée, de Nojoud Ali avec la collaboration de Delphine Minoui, éd. Michel Lafon. 18 E.